L'AMF réédite son avertissement sur Bitget : implications en conformité et comptabilité pour les cabinets
L'Autorité des marchés financiers a actualisé son avis public de mise en garde contre Bitget, la plateforme de trading de crypto-actifs, rappelant aux investisseurs et aux participants de marché que l'échange opère en France sans l'enregistrement PSAN obligatoire depuis au moins novembre 2023. Pour les cabinets comptables, les auditeurs et les directeurs financiers qui utilisent un logiciel de comptabilité d'actifs numériques pour suivre l'exposition des clients, ce signal de contrôle a des implications matérielles qui vont au-delà d'une simple note réglementaire.
Ce que l'AMF a réellement dit
L'avis de l'AMF est direct. Bitget ne s'est pas enregistré en tant que prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) conformément au Code monétaire et financier français, mais fournit pourtant des services à des résidents français qui entrent clairement dans le champ de l'enregistrement obligatoire. Ces services comprennent la conservation d'actifs numériques pour le compte de tiers, l'achat et la vente d'actifs numériques contre monnaie légale, l'échange d'actifs numériques contre d'autres actifs numériques, et l'exploitation d'une plateforme de négociation d'actifs numériques.
La liste noire et son fondement juridique
Bitget a été ajouté pour la première fois à la liste noire de l'AMF le 7 novembre 2023. La communication de juillet 2026 du régulateur est un rappel public que ce statut reste en vigueur. La loi française donne à l'AMF le pouvoir de demander une ordonnance judiciaire bloquant l'accès au site web de la plateforme, et l'avis réserve explicitement ce droit. L'AMF appelle également tout investisseur résident français ayant des fonds sur la plateforme à prendre des mesures immédiates pour sécuriser l'accès à ses actifs, avertissant qu'une suspension soudaine des services pour les utilisateurs français est un risque réel.
Pourquoi l'enregistrement PSAN est important
Le cadre PSAN existe pour préserver l'ordre public sur les marchés financiers. L'enregistrement n'est pas simplement administratif : il exige qu'un prestataire démontre sa capacité à respecter les obligations de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, et implique des vérifications sur l'honorabilité et la compétence des dirigeants et des actionnaires significatifs. Un prestataire non enregistré qui contourne ce processus n'offre aucune de ces protections à ses clients. D'un point de vue conformité, tout client détenant des actifs sur une plateforme non enregistrée est exposé à une lacune dans la chaîne LCB-FT qui peut créer une responsabilité pour le cabinet qui le conseille.
La transition du PSAN vers l'agrément MiCA CASP
Le moment de cet avis est important. La France a achevé sa période de transition MiCA au début de l'année 2026, ce qui signifie que les prestataires de services sur crypto-actifs opérant en France ont désormais besoin d'un agrément en tant que CASP conforme à MiCA plutôt que d'un simple enregistrement PSAN. L'AMF a pris un rôle de supervision renforcé dans ce cadre. Comme nous l'avons couvert dans notre analyse précédente sur la transition MiCA en France et le nouveau rôle de supervision de l'AMF, ce changement a relevé le niveau d'exigence pour les acteurs du marché et a donné au régulateur des outils élargis pour agir contre les opérateurs non conformes.
La situation de Bitget est inconfortable. La plateforme était déjà non conforme sous l'ancien régime PSAN. Sous MiCA, l'exigence est désormais plus stricte, pas moins. La décision de l'AMF de rééditer son avertissement en juillet 2026 suggère que des clients résidents français continuent d'accéder à la plateforme, incitant le régulateur à renforcer ses orientations publiques.
Une tendance dans toute l'UE
La France n'agit pas isolément. La FSMA belge a signalé six CASP non autorisés après la date limite de MiCA, indiquant que les autorités compétentes nationales dans tout le bloc scrutent activement les opérateurs non conformes et utilisent leurs pouvoirs d'avertissement public et de liste noire avec une fréquence croissante. Pour les cabinets ayant des clients dans plusieurs juridictions de l'UE, cette tendance de contrôle coordonné est la nouvelle référence attendue.
Implications comptables et d'audit
Lorsqu'un client détient des actifs numériques sur une plateforme non enregistrée et figurant sur une liste noire, plusieurs problèmes comptables et d'audit se posent simultanément. Chacun mérite l'attention de l'équipe d'intervention du cabinet.
Recouvrabilité des actifs et questions de continuité d'exploitation
L'avertissement spécifique de l'AMF sur le risque de suspension soudaine des services pour les utilisateurs français est un signal important pour les auditeurs. Si un client détient un solde significatif sur Bitget et que l'accès est bloqué ou restreint à court terme, ces actifs pourraient devenir temporairement ou définitivement irrécouvrables. Selon les IFRS et le GAAP français, les auditeurs sont tenus d'évaluer si les actifs sont recouvrables et si une provision pour dépréciation est nécessaire. Si le risque est matériel, il peut également alimenter les évaluations de continuité d'exploitation pour les entités ayant des avoirs crypto concentrés.
Divulgation du risque de garde et de contrepartie
Les auditeurs examinant des états financiers qui incluent des actifs numériques détenus sur des plateformes tierces sont censés obtenir des preuves de l'existence et de l'exhaustivité de ces soldes. Détenir des actifs sur une plateforme à la fois inscrite sur liste noire et non enregistrée crée un risque de garde qui nécessite une divulgation dans les notes aux états financiers. Le risque de contrepartie n'est pas hypothétique : un blocage de site imposé par le régulateur nuirait immédiatement à l'accès. Les cabinets doivent s'assurer que ce risque est explicitement traité dans le dossier d'audit et, lorsqu'il est matériel, dans les états financiers eux-mêmes.
Obligations LCB-FT et diligence raisonnable client
Pour les cabinets fournissant des services comptables ou de conseil à des clients ayant une exposition à Bitget, le statut non enregistré de la plateforme est pertinent pour la diligence raisonnable client. Une entité utilisant sciemment un prestataire non enregistré pour effectuer des transactions crypto opère au moins dans une zone grise. Selon le volume et la nature de l'activité, cela pourrait déclencher des obligations de diligence raisonnable renforcées pour le cabinet comptable lui-même en vertu des cadres LCB-FT applicables. Le responsable de la déclaration LCB-FT du cabinet doit être informé de tout client ayant des soldes Bitget connus ou présumés, et une évaluation documentée des risques doit être conservée au dossier.
Intégrité des déclarations fiscales
Les transactions effectuées via une plateforme non enregistrée ne comportent aucune infrastructure de déclaration ou de retenue automatique qu'un PSAN réglementé ou un MiCA CASP fournirait normalement. En France, les gains sur crypto-actifs sont imposables au titre du prélèvement forfaitaire unique, et des données de transaction précises sont le fondement d'une déclaration conforme. Si l'historique des transactions d'un client sur Bitget est incomplet, inaccessible ou susceptible d'être perturbé en raison d'un éventuel blocage du site, le cabinet doit s'assurer d'avoir obtenu et conservé tous les enregistrements pertinents maintenant, avant que l'accès ne soit restreint. Un logiciel robuste de tenue de livres crypto qui ingère les données d'échange via API ou export CSV doit être utilisé immédiatement pour capturer l'historique complet des transactions.
Mesures pratiques pour les cabinets comptables et les directeurs financiers
L'avis de l'AMF n'est pas seulement un avertissement public aux investisseurs particuliers. C'est un signal que les cabinets conseillant des personnes ou entités résidentes françaises détenant des actifs numériques doivent agir rapidement.
Examen du portefeuille clients
Effectuez une vérification dans votre base de clients pour identifier toute personne ou entité qui détient, ou a détenu, des actifs numériques sur Bitget. C'est là qu'un logiciel de comptabilité d'actifs numériques avec connectivité aux échanges devient opérationnellement critique : la capacité d'extraire les historiques de transactions, les soldes actuels et les lieux de conservation sur plusieurs plateformes en un seul endroit permet aux cabinets d'agir rapidement plutôt que de courir après les clients pour des exportations manuelles de données.
Préservation immédiate des données
Conseillez à tout client concerné de télécharger sans délai l'historique complet de ses transactions depuis Bitget. Les formats d'exportation, l'accès API et les relevés de compte doivent tous être capturés et stockés dans un format indépendant de l'accès continu à la plateforme. Si l'AMF obtient une ordonnance de blocage du site et qu'elle est accordée, cette fenêtre d'accès se ferme.
Évaluation du retrait des actifs
L'AMF a explicitement conseillé aux investisseurs résidents français de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter d'être bloqués dans leurs avoirs. Pour les clients ayant des soldes importants, le cabinet devrait faciliter une discussion structurée sur le retrait vers un CASP enregistré et conforme à MiCA ou vers l'auto-conservation, avec des conseils appropriés sur le traitement fiscal des transactions en résultant.
Documentation du dossier
À des fins d'audit et de LCB-FT, documentez l'examen, les constatations et tout conseil donné. Si un client concerné choisit de maintenir sa position sur la plateforme malgré les risques, cette décision et les conseils donnés doivent être enregistrés.
Le signal de contrôle plus large
L'inscription de Bitget sur la liste noire est en place depuis novembre 2023. La décision de l'AMF de rééditer et d'amplifier l'avertissement en juillet 2026, en se référant spécifiquement au risque d'une ordonnance judiciaire de blocage du site, indique une volonté d'escalade. Les régulateurs de toute l'UE traitent de plus en plus la liste d'avertissement public non pas comme un document de référence passif, mais comme un outil de contrôle actif. Les cabinets qui traitent une inscription sur liste noire comme un bruit de fond plutôt que comme un déclencheur de conformité en direct prennent des risques inutiles.
Le mandat de l'AMF couvre la protection des investisseurs, la transparence des marchés et l'intégrité des marchés financiers. Lorsqu'une plateforme non enregistrée continue d'attirer des utilisateurs résidents français malgré le fait d'être sur la liste noire depuis près de trois ans, la prochaine étape logique du régulateur est les tribunaux. Les cabinets et leurs clients doivent planifier en conséquence.
Foire aux questions
Que signifie que Bitget est sur la liste noire de l'AMF ?
La liste noire de l'AMF identifie les entreprises qui fournissent des services réglementés à des résidents français sans l'autorisation requise. Bitget est sur cette liste depuis le 7 novembre 2023 car il a proposé des services sur crypto-actifs soumis à enregistrement PSAN obligatoire sans détenir cet enregistrement. Utiliser ou recommander un opérateur figurant sur cette liste comporte un risque réglementaire, LCB-FT et financier.
L'AMF peut-elle bloquer l'accès au site web de Bitget ?
Oui. Le Code monétaire et financier français autorise l'AMF à saisir un tribunal pour obtenir une ordonnance obligeant les fournisseurs d'accès Internet à bloquer l'accès au site web d'une plateforme non conforme. L'avis de juillet 2026 de l'AMF réserve explicitement ce droit en ce qui concerne Bitget.
Que doit faire un cabinet comptable si un client détient des actifs sur Bitget ?
Les priorités immédiates sont d'obtenir et de conserver l'historique complet des transactions du client, d'évaluer la matérialité du solde à des fins d'audit et fiscales, de mener une évaluation des risques LCB-FT, et de conseiller au client d'envisager de retirer ses actifs vers un prestataire enregistré et conforme à MiCA. Toutes les étapes doivent être documentées dans le dossier client.
MiCA change-t-il l'exigence de conformité pour les plateformes crypto en France ?
Oui. Après la fin de la période de transition MiCA en France, les opérateurs ont désormais besoin d'un agrément MiCA CASP plutôt que d'un enregistrement PSAN. La barre est plus haute, la surveillance réglementaire est plus grande, et l'AMF dispose d'outils élargis pour agir contre les prestataires non conformes. Bitget n'a pas satisfait au seuil PSAN inférieur, et encore moins au standard MiCA CASP.
Comment l'utilisation d'un échange non enregistré par un client affecte-t-elle les obligations LCB-FT du cabinet comptable ?
Un client utilisant un échange non enregistré représente une lacune potentielle dans la chaîne LCB-FT. Le responsable de la déclaration LCB-FT du cabinet doit être informé, et une évaluation documentée de la diligence raisonnable renforcée doit être préparée. Selon la nature et le volume de l'activité du client, le cabinet peut également devoir envisager si un signalement d'activité suspecte est justifié en vertu de la législation LCB-FT applicable.
